Reporté au 25 Mars 2023.

Rappel des faits:

Le 14/09/18 vers 17h, environ 25 personnes ont entrepris de colmater clandestinement la digue de la Tourasse située entre les communes de Rosières et de Joyeuse (07) en présence de 6 gendarmes . Cette opération a asséché la rivière (Beaume) pendant 16 heures (le temps que le plan d'eau se remplisse soit du 14/09 à 18h jusqu'au 15/09 à 10h00), ce qui a provoqué une véritable hécatombe de l'aval de la digue jusqu'à sa confluence avec l'Ardèche. Elle s'est faite au yeux de tous, en béton armé avec tracteur et bétonnière et sans l'autorisation du propriétaire ni dossier de déclaration Loi sur l'eau comme l'exige la réglementation en vigueur. De nombreuses brouettes sont passées devant les forces de l'ordre sans que celles-ci n'essaient de l'interrompre et aucune pêche de sauvetage n'a été effectuée.

 

Un premier colmatage clandestin similaire avait déjà eu lieu début août 2018 avec les mêmes conséquences. L'annonce d'une opération de démantèlement par les pouvoirs publics s'est vue opposer une manifestation d'une trentaine de personnes venues sur la digue pour s'opposer à sa réouverture vers le 15 août 2018 (ce qui a annulé l'opération). Ce colmatage clandestin a ensuite été démonté clandestinement encore début septembre ce qui a également provoqué une mortalité piscicole limitée par une pêche de sauvetage sur le plan d'eau en amont de la digue.

 

Un impact colossale:

 

Après deux années de sécheresse (2016 et 2017), l'infranchissabilité du seuil, les assèchements provoqués sur certaines zones sensibles par ces opérations clandestines et ceci en pleine période d'étiage portent un coup sévère aux poissons de la Beaume et notamment à  l'Apron. Ce petit poisson espèce endémique du bassin du Rhône gravement menacée d’extinction (elle n'est présente que dans le bassin versant du Rhône mais et nul part ailleurs dans le monde ! La Beaume possède même sa propre souche locale).

Rappelons également que la partie haute de la Beaume fait partie de la dizaine de rivières de France labellisées "rivières sauvages"et qu'elle accueille de nombreuses zones labellisées Natura 2000 et Espaces naturels sensibles. Ces opérations clandestines ont probablement tuées des dizaines de milliers de poissons sans parler du reste de la faune benthique (macrophytes, les macro-invertébrés....)

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Mortalité piscicole seuil tourasse beaume Rosières Joyeuse

Contexte:

 

La digue de la Tourasse est un ouvrage qui date du 16° siècle et son aspect patrimoniale et affectif pour les habitants est indéniable. Elle a été pensée avec deux zones d'ouvertures que nos prédécesseurs colmataient avec des planches de bois selon les besoins en curage ou en stockage d’eau.  Bref, une construction très intelligemment pensée pour les besoins de l'époque qui faisait également office de passage entre les villages de Rosières et de Joyeuse (il existait tout de même un pont en amont).

Depuis, les paramètres ont changés notamment avec l'intensification des prélèvements d’eau liés au tourisme au printemps et en été (hélas avec des rendements de distribution médiocres et des prélèvements privés non déclarés (forages, pompages et tuyaux noirs).

Un problème de base quantitatif qui s'accentue d''année en année dans des circonstances qui nous semblent assez opaques et auxquelles s'ajoute l'évolution de la réglementation et notamment l'obligation de maintenir la continuité écologique des cours d'eau .

L'aspect économique que générerait le plan d'eau crée par la digue entre également dans le débat . Sur ce dernier point nous pensons qu'une bonne gestion des ressources halieutiques d'une rivière comme la Beaume aurait des retombées économiques bien plus importantes. En effet, ce plan d'eau  est l'endroit où se jettent et macèrent les rejets de la station d'épuration de Joyeuse (qui déborde à chaque orage de plus de 20 millimètres) d'où des interdictions de baignade régulières l'été (18 jours d'interdiction sur l'été 2022 affichés au minimum légal).

Fréquentation site de la Tourasse.
qualité Baignade Seuil-Tourasse- Beaume Drobie 2022.jpg

La gestion concertée bafouée:

Après des années de débats publics et quelques études d'impacts, il a été acté par les élus locaux (mairies de Rosières et Joyeuse)  qu'équiper la digue d'une passe à poisson leur coûterait trop cher (malgré un taux de financement de 80 % à l'époque et un reste à charges de 20000 Euros seulement pour chacune des mairies).

Les associations de pêche et de protection de la nature qui souhaitaient rétablir cette continuité ont accepté en 2016  le compromis de maintenir les ouvertures historiques de la digue ouvertes pendant deux ans. Ce délai a été accepté par tous (élus locaux compris) pour qu'une étude détermine si cette configuration permet le franchissement des poissons migrateurs. Une solution à moindre coût qui aurait le mérite de conserver un ouvrage historique. Bien que cette solution laisse sceptiques les spécialistes quant à sa franchissabilité pour plusieurs espèces et notamment l'Apron, elles ont accepté le temps de l'étude.

Ce compromis qui ne plait pas aux partisans d'un plan d'eau permanent s'est pourtant passé dans le respect des règles républicaines de la gestion concertée. Malheureusement, il a été gâché par ces opérations clandestines puisque le temps de l'étude n'a pas été respecté et que les deux ouvertures historiques sont aujourd'hui scellées en béton armé. 

Article Canard Enchaîné Seuil Tourasse, Sauvons nos rivières Beaume-Drobie
Article du Canard enchaîné du 24/07/19

Le sang à coulé.

Le trésorier et le secrétaire de notre l'AAPPMA qui venaient constater le colmatage illégal du 14/09 ont été menacés et agressés par une dizaine de "colmateurs" dont un cagoulé (mais parfaitement identifiable). Heureusement l'intervention rapide des gendarmes leur a permis de s'en sortir pas trop mal (1 jours d'ITT pour l'un d'entre eux) . Ils se sont vus sommés de quitter les lieux par les gendarmes (mais pas les colmateurs ni le "cagoulé" qui ont pu continuer tranquillement leur ouvrage!). Les pêcheurs agressés ont porté plainte contre X et ont réussi à conservé leur caméra. Nous venons d'apprendre (septembre 2022), que cette plainte a été classée sans suites par la gendarmerie sans que les plaignants et nous même en aient été informés. La plainte vient d'être relancée.

 

Le film qui témoigne de ces événements a été confié aux gendarmes en septembre 2018. Un an et demi plus tard, suite à l'enquête de la gendarmerie, le parquet conclue qu'il n'a pas l'intention d'engager des poursuites. Et pour cause! La note de synthèse de l'enquête ne fait pas référence à la vidéo et conclue à un mouvement "spontané "où l'identification des personnes en causes n'a pas été possible. Une conclusion d'enquête très éloignée de ce que montre la vidéo. Averti sur l'existence de la vidéo par les partis civils, le procureur a dessaisi la gendarmerie de l'enquête et l'a confiée à l'Office Français de la Biodiversité (OFB) en février 2020.

Seuil de la Tourasse Rosières Joyeuse, Sauvons nos rivières Beaume-Drobie
Seuil de la Tourasse Rosières Joyeuse, Sauvons nos rivières Beaume-Drobie

Les pouvoirs publics du coté des prévenus et peu sensibles à la notion de continuité écologique !?:

Nous avons constaté avec sidération que le colmatage clandestin du 14/09/2018 a fait l'objet d'une inauguration en grande pompe dès le 17/09/2018 en présence du député Fabrice Brun. Elle à été organisé par le collectif citoyen "Rendez nous notre rivière" (aujourd'hui association renommée  sans honte "Sauvons nos rivières Beaume Drobie "(Argh...)). Nous avons reconnu plusieurs membres de ce collectif pro digue parmi les bétonneurs agresseurs 

Elle a été relayée dans le Dauphiné libéré où nos élus de l'époque (Nathalie Tour mairesse de Joyeuse, Fabrice Brun député LR et Gérard Martin maire de Rosières) et nos agresseurs – bétonneurs ont posé côte à côte pour la photo. 

Nous avons interpellé Mr Brun sur ce soutien d'une action ou plusieurs de nos administrateurs ont été agressés et des centaines de milliers de poisson sont morts. Celui nous à l'époque déclaré avoir été piégé par l'association Sauvons nos rivières Beaume Drobie (Arggh). Nous constatons que ce soutien se maintien encore aujourd'hui à travers sa présence au repas de soutien aux 17 prévenus mis en causes organisé par la dite association le 25 septembre à Joyeuse. Pour cette occasion, nous avons découvert son nouveau slogan "La ruralité en force!" qui n'annonce rien de bon pour nous et nos rivières. 

Parallèlement, nous nous étonnons du silence de l'EPTB  (qui selon nous, aurait dut se porter parti civil à nos cotés) sur ces événements.

Fabrice Brun, Sauvons nos rivières Beaume Drobie, Seuil de la Tourasse Rosières Joyeuse.jp
Seuil de la Tourasse Rosières Joyeuse, Sauvons nos rivières Beaume-Drobie Fabrice Brun dép
Sauvons nos rivières Beaume Drobie, Seuil de la Tourasse Rosières Joyeuse.jpg

Mr Mathieu Salel, maire de Rosières, délégué EPTB et délégué "tourisme, agriculture, environnement" et Mme Brigitte Pantoustier, mairesse de Joyeuse affichent également leur soutien au prévenus. (2000 euros de subventions en 2021 pour "Sauvons nos rivières beaume-drobie "de la part des mairies de Rosières et de Joyeuse). 

Seuil de la Tourasse Rosères Joyeuse, sauvons nos rivières beaume drobie

Au delà de soutenir une association qui menace de porter plainte contre une collectivité territoriale dont il est élu (article ci-dessus), Mr Salel affiche un soutien permanent aux auteurs de l'agression de nos administrateurs et aux évènements qui ont asséché la Beaume sur plusieurs kilomètres. Nous trouvons ce positionnement indigne d'un élu délégué à l'EPTB et à l'environnement pour le département. 

Concernant l'article ci-dessus, notons que Mr Rueff a mis ces menaces de porter plainte contre la DDT 07 et l'EPTB à exécution. Plainte rapidement classée sans suite par la justice.

Continuité écologique:

Nous faisons parti des pêcheurs qui savent qu'il est aujourd'hui techniquement avéré que les digues impactent fortement les cours d'eau (accentuent le risque d'inondation, dégradent la qualité physico chimique de l'eau, bloquent le transit sédimentaire, provoque l'incision du lit à l'aval), Celles qui ne sont pas équipées de passe à poissons portent fortement atteintes aux populations piscicoles. Ainsi, avec l'évolution du cadre réglementaire sur la continuité écologique des cours d'eau (dernière échéance: Juillet 2023), la digue de la Tourasse (et des dizaines d'autres en  Ardèche) posent problème. Cette échéance ne semble pas affoler les collectivités territoriales du  bassin versant de notre territoire en charge de la continuité écologique. En effet, aucune réunion publique ni aucune tentative de gestion concertée sur cette question n'a été mise en place depuis les événements décrits ci-dessus. 

Au regard de ces événements, nous n'avons que peu d'espoirs de voir ce principe fondateur de la protection du milieu aquatique qu'est la continuité écologique se mettre en place sur notre territoire.

 

Patrimoine vivant en danger:

 

Le patrimoine halieutique, comme sont nom le signifie, appartient à l'ensemble de la communauté. La rivière qui le constitue et le porte est elle-même un écosystème et un bien collectif, elle n'est la propriété de personne en particulier. Ses usagers bénéficient des mêmes droits et ont les même devoirs sur l'intégralité de son parcours.

 

La  continuité écologique, qui traduit la libre circulation des espèces subaquatiques et le libre transport des matériaux charriés par la rivière, est un axe essentiel de contribution à la protection de ce milieu.

Il est à noter qu'un "plan  national pour la restauration de la continuité écologique des cours d’eau" a été lancée le 13 novembre 2009 par Chantal Jouannau, secrétaire d’État chargée de l’écologie .  Dans le cadre de ce plan, l'ONEMA a dressé au niveau national un   inventaire de tous les obstacles présents sur les cours d’eau et évalué progressivement l’usage de chacun de ces obstacles et l’impact sur la libre circulation des poissons migrateurs et sur l’écoulement des sédiments. Les directives européennes ne viennent que confirmer ce plan et pose comme dernière échéance à la France, la date de juillet 2023 pour ce mettre en conformité avec la continuité écologique .

 

Notre principal objectif est donc la préservation et la restauration des milieux aquatiques ; une rivière qui fonctionne bien est une rivière qui  favorise la vie subaquatique  et notamment la population piscicole.

Une rivière en bon état écologique ce n’est pas seulement de l’eau de bonne qualité et en quantité suffisante, c’est aussi un milieu de vie pour tout les être qui le peuplent, un espace dans lequel ils doivent pouvoir trouver une multitude de lieux divers et variés, (de zones courantes, rapides, calmes, profondes et moins profondes), nécessaires à l’accomplissement du cycle de vie.

La Beaume est une rivière d'eaux vives. Elle abrite un écosystème caractéristique de ce type de rivière. La vie aquatique propre à ce milieu participe mais surtout dépend de son équilibre durable. Elle a obtenu en 2016 sur les 18 premiers km de sa partie amont le label "Rivières sauvages", attribué aux rivières à haute valeur patrimoniale et présentant un bon fonctionnement écologique.

Cet équilibre est inévitablement fragilisé si on perturbe, même localement, l'une ou l'autre de ses caractéristiques

•      Continuité de l'écoulement amont-aval de l'eau et des sédiments, continuité dans les deux sens pour le déplacement des espèces aquatiques,

•      Altération des cycles naturels des débits de la rivière,

•      Formation d'eau stagnantes,

•      Colmatage du fond de son lit,

Toutes les études démontrent que les barrages engendrent systématiquement ces dérèglements des cycles naturels d'une rivière.

Il est important de noter que l’accumulation des obstacles le long d’une rivière aggrave les conséquences de chacun d’entre eux.

Au-delà de l'affect, tout à fait respectable, de la mobilisation pour sa défense, et de sa pertinence en termes d'usages actuels et économique, le seuil de Rosières, au même titre que le seuil du Petit Rocher à Joyeuse, produit manifestement ces mêmes effets néfastes et conjugués sur la rivière la Beaume.

La Beaume, comme beaucoup de rivières du bassin versant, subit différentes atteintes qui fragilisent le bon équilibre de son écosystème : sur fréquentation estivale, pompages publiques aux rendements discutables, pompages illicites, manque de données piézométriques pour évaluer l'état de la nappe alluviale, contrôles orientés vers les agriculteurs qui déclarent leurs pompages, sécheresse et étiages précoces et prolongés, rejets clandestins, nombreux rejets individuels pas aux normes, barrages estivaux, activités nautiques "sportives" calamiteuses pour la vie aquatique et une station d'épuration mal calibrée qui représente un risque sanitaire élevé.

Perspectives:

Les derniers inventaires piscicoles menés sur la Drobie Amont (19/07/18),  constatent un état du peuplement piscicole "Excellent". Ceux menés sur la Beaume Amont (17/06/15) et sur le Salindres (17/07/18) constatent un état du peuplement piscicole "Bon". Nous projetons de renouveler cet inventaire en 2023 avec des pêches électriques qui seront complétées avec des études "diatomées" (en cours) et les résultats des sondes thermiques que nous avons posé en 2021.

Bien qu'il soit trop tôt pour l'affirmer, nous redoutons un déclassement de l'état des peuplements piscicoles sur notre bassin versant. Pourtant au regard de ce qui se passe ailleurs, nous avons été plutôt chanceux. En effet depuis 2018, des pluies providentielles ont plusieurs fois sauvées notre bassin versant d'une sécheresse létale pour l'ensemble des populations piscicoles.

Il nous paraît évident que ces circonstances font échos aux prévisions du GIEC. Celles-ci prévoient en effet pour notre situation géographique plus de pluviométries que sur le reste du climat méditerranéen du fait de l'influence de la méditerranée sur le Massif du Tanargue. Cette perspective devrait placer notre bassin versant comme un territoire stratégique quant à la préservation de la biodiversité. Il n'en demeure pas moins que de nombreux affluents de notre bassin versant se sont retrouvés à sec depuis 2018. Ces zones, pourtant considérées comme "réservoirs écologiques" et classées "Natura 2000", "ENS" et "Rivières Sauvages" ne font l'objet de peu de suivi "sécheresse" par les collectivités en charge de la rivière. Nous pensons que cette fonction de réservoir est partiellement perdue. 

En conclusion:

2023 s'annonce comme une année stratégique pour l'avenir de la biodiversité piscicole sur notre territoire. Les assises de l'eau, l'échéance 2023 pour la continuité écologique, le résultat du procès et l'amendement de l’article L214-17 du code de l’environnement relatif à la continuité écologique qui interdit l'utilisation de fonds publics pour la destruction des seuils (même ceux sans usages) devraient imposer un retour à un minimum de gestion concertée sur notre territoire. Nous nous y associerons avec plaisirs dans le soucis de garantir aux générations futures un accès à une biodiversité piscicole au moins à la hauteur de celle qui nous à été laissée.

Génération future pêche sauvons nos rivières sauvages Beaume Drobie

Manges une truite, manges un panda; même combat!

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